-
Par anaelle.d.inde dans Accueil le 28 Novembre 2009 à 17:29
Premier message : lundi 5 octobre 2009
-
POUR COMMENCER
Puisqu'il faut commencer quelque part, commencons.. par un avion. C'est bien, ca fait depart, commencement, et voyage. C’est visuel.. c’est urbain en somme!
La photo (que je vais essayer de telecharger si la connexion internet est d’accord) a ete prise au moment de la traversee de la Manche, durant mon premier vol, Nice-Londres. Naturellement, je ne me suis pas arretee en si bon chemin et ai profite d'etre a l'aeroport de Londres pour recuperer au plus tot mon 2eme vol vers New Delhi, ou, arrivee a 6h20 du matin, j'ai passe la journee a m'endormir sur mes sacs jusqu'a avoir la joie de m'envoler une nouvelle fois, jusqu'a la ville de Lucknow cette fois-ci, capitale de l'Uttar Pradesh.
{ je tiens a prononcer des aujourd’hui mes plus aplaties excuses quant a l’absence d’accents dans mes recits, due, vous vous en douterez, au clavier qwerty.}
Ayant traverse l’impressionant couloir de tetes (et d’yeux) de la sortie de l’aeroport et retrouve Prakash grace a un astucieux panneau a mon nom, j’ai ete formidablement recue par lui, qui est mon interlocuteur depuis le depart, et sa famille. Ils m’ont accueillie chez eux -pour une nuit- avec un collier de veritables fleurs, ce qui m’a passablement plu!
Mais ma destination finale n’etait toujours pas atteinte, et le lendemain, nous quittames Lucknow afin de nous rendre a Dhirendrapuri ou je me trouve maintenant.
[J’en profite tout de suite pour vous donner l’adresse: Dhirendrapuri, PO (Post Office) : Chachikpur, via Goshainganj, Distt : Ambedkarnagar – 244 141, Uttar Pradesh, INDIA.]
Dhirendrapuri, ou Chachikpur, est un petit village recule de l’Inde du nord. Moi qui suis en permanence a la recherche de je ne sais quel asolu au bout du monde, il me semble qu’avec ce village j’ai trouve a peu pres l’exact oppose de tout ce que l’on connait en France (et encore plus particulierement a Aix). Tout y est different!
-les gens et leurs habits; des gens nombreux (mais pas autant que ce que je pensais, gardons toudmeme en tete qu’on est ici dans un village), tres souvent a velo, parfois vraiment tres beaux (certains visages sont particulierement fins), colores, (surout les femmes avec leurs saris).. Pour etre plus ‘decente’ je suis d’ailleurs partie ce matin en expedition au marche de Goshainganj, acheter des vetements aussi colores qu’eux (vous imaginez mon emoi permanent devant tant de couleurs! Du rouge! Du jaune! Du vert! du bleu! Du rose! Si vifs!..), mais surtout amples et avec des manches qui arrivent au moins au milieu du bras (soit un quart de bras en partant de l’epaule). (divise par la racine carree de son inverse.. ca donne 4. Ou presque.)
Il m’a semble plaisant de noter que la position accroupie est adoptee par un grand nombre de gens, avec souvent un bras tendu en repos sur le genou.. Position incongrue s’il en est pour l’observateur occidentalise de la tete aux pieds!
-la conduite; on aurait pu s’en douter venant d’une ancienne colonie Britannique, mais il a fallu que je le voie sur place pour realiser qu’ici, on roule a gauche. En fait, pour etre exacte, les principales modalites de la conduite sont le klaxon et le slalom. Le premier sert a tout, a peu pres comme au Perou* : c’est avant tout un moyen de communication. On s’en sert pour prevenir de notre arrivee, pour dire ‘pousse-toi sur la gauche s’il te plait je vais te doubler’, ‘attention les enfants j’arrive a toute allure’, ‘mais c’est quoi ce c.. qui me double par la gauche’, etc. La plupart des camions ont meme inscrit sur leur derriere (exhibitionnistes!) “Horn please”, ou “Blow horn”, soit ‘Klaxonnez s’il vous plait’ afin d’avoir conscience du fait qu’on est la. La deuxieme option, le slalom, sert a eviter ceux que le klaxon n’a pas convaincu!
-La nourriture; similairement au Perou* il y a ici un ingredient omnipresent. Ce n’est pas le riz, en Inde, que l’on retrouve automatiquement a chaque repas, meme s’il occupe tres honorablement la deuxieme position, mais le chapati, une sorte de pain plat ou galette qui accompagne tous les plats, que ce soient les legumes, la soupe ou la viande (plutot du poisson), voire les trois a la fois. En fait, l’assiette est divisee en plusieurs parties : d’un cote, les chapati et le riz, puis dans chaque compartiment, les differentes sauces, purees ou viandes que l’on attrape avec un morceau de chapati en guise de couvert. Je fais bien attention –sur un conseil avise- a ne manger qu’avec la main droite depuis mon arrivee, car la main gauche qui tient lieu de papier toilette est consideree comme impure. Pourtant, j’ai cru remarquer que tous ici n’avaient pas l’air d’y preter une grande attention. Cela depend peut-etre des regions.
-le langage ; moi qui redoutais de m’encrouter dans le confort de l’anglais et de ne pas m’investir assez dans l’apprentissage de l’Hindi, j’ai tres vite vu mes craintes se dissiper du fait qu’en gros, personne ne parle vraiment anglais ici! (la plupart compte meme sur moi pour en acquerir un peu, c’est vous dire!). Et lorsque je trouve un interlocuteur anglophone, j’ai parfois du mal a discerner l’anglais de l’hindi dans ce qu’il me raconte.. C’est embetant! Mais, certainement, mes progres en hindi vont etre plus rapides que prevu.. Je vais continuer la lecture de mon Teach Yourself Hindi qui est –me semble-t-il – fichtrement bien fichu, en parallele des laborieuses conversations que j’entretiens.
(Ces conversations se resument, la plupart du temps, a une question de la part de quelqu’un, et une reponse affirmative (ha) ou negative (nahi) de ma part, sachant qu’en outre (la loutre), je persiste a hocher betement la tete pour dire oui au lieu d’onduler harmonieusement de gauche a droite comme il se fait ici.)
-Le climat : on est bel et bien dans une region sub tropicale humide, ce qui veut dire que la chaleur est non seulement assez forte, mais qu’en plus elle colle au corps a cause de la lourdeur/moiteur de l’air, et les habits ‘decents’ n’arrangent rien. (Je retrouve en fait a peu pres le climat de la jungle peruvienne..*)
-La perception et l’utilisation du temps : arrivee un samedi soir, j’ai eu l’intense plaisir de me faire reveiller a 6h45 le dimanche matin.. On m’a servi un chai, le the au lait national que l’on peut se faire servir a toute heure de la journee –en guise de bienvenue- (pour l’heure, mon record est de 4 en un jour), puis, n’ayant en fait rien a faire ni particulierement fini ma nuit, je suis remontee m’allonger. C’est a 10h que l’on m’a de nouveau reveillee pour me proposer un lunch..
Apres ce dejeuner, nous nous dirigeames tranquilement vers le bureau de PANI, a environ 1km de la maison ou je suis hebergee, ou se tint une reunion lorsque tout le monde fut arrive.
.. Pour resumer, j’ai passé la journee a rencontrer des groupes (l’equipe de PANI, les groupes d’adolescents et d’enfants avec lesquels ils travaillent, une famille dont le fils, qui etait parraine, est recemment decede, etc), et a leur repeter ma phrase du jour : mera nam Anaelle hai. Avec un gros effort de deduction vous serez peut-etre en mesure de comprendre ce qu’elle signifie! Aujourd’hui, lundi, c’est leur jour de repos (ce qui ne m’a pas fait echapper au reveil a 7heures), mais certains sont tout de meme partis pour Lucknow pour 3 jours.. Pas evident a expliquer, mais j’ai l’impression que le temps est extensible ici.. Il n’est jamais trop tot ou trop tard pour faire quelque chose, il est possible de se decider a tout moment ou encore de passer la journee allonge sous un grand ventilateur de plafond.
-La notion de famille et ce qu’elle implique ; par exemple, toutes les generations vivent sous le meme toit, et les meres, grand-meres et belles-soeurs s’occupent ensemble de l’intendance et des enfants. Par contre, les repas ne sont pas pris en commun : depuis mon arrivee, j’ai toujours mange seule. Ou plutot, j’ai ete accompagnee a chaque repas, par quelqu’un qui me regardait! Pas de grand repas de famille donc.
Dans tous les cas, toutes ces pertinentes analyses ne doivent pas etres considerees comme particulierement fiables, elle ne sont qu’un grossier etalage des impressions que j’ai recueillies depuis les 3 jours que je suis arrivee en Inde!
(en meme temps, qu’est-ce qu’un blog si ce n’est un deballage autocomplaisant de sa propre qualite intellectuelle?!)
Bref. Sur ces premiers mots, je crois pouvoir me retirer en toute impunite, jusqu’au prochain deballage. (en esperant que debalage ne prenne pas qu’un L).
Namaste! (pratique les bonjours qui sont egalement des au revoir..)
*Promis, je vais essayer de ne pas tout comparer au Perou, ni de l’evoquer toutes les 3 minutes. Essayer._Desolee pour la mise en page illisible qui s'etait installee d'office pour le 1er message..
Debutante sans connection, je fais de mon mieux! _
_Mais je suis deja ravie d'avoir reussi a ajouter 4 photos, je commencais a ne plus y croire..
il faut savoir que chaque chargement prend au moins une demi-heure.._
-
Petite presentation de PANI .
Acronyme de People’s Action for National Integration, le mot pani n’est pas anodin ; il signifie ‘eau’.
C’est une ONG locale qui travaille uniquement dans la region de l’Uttar Pradesh (et ce n’est pas rien! a elle seule, la region est plus grande que la France et bien plus peuplee, puisqu’elle arrive au 5eme rang mondial..).
Leur devise est Action For Sustainable Smile on Deprived Faces, objectif que je trouve tout-a-fait beau. (on pourrait essayer de le traduire par L’action pour un sourire durable sur le visage des depourvus).
L’aire dans laquelle je vais travailler est le Child development; mais PANI travaille aussi dans le domaine de la sante (problematique du SIDA), du bien-etre economique et social, etc. Je devrais normalement avoir l’opportunite de visiter d’autres centres de PANI dans la region pendant l’annee.
glop!vendredi 9 octobre 2009
-
Une semaine!
Seulement une semaine que je suis en Inde. Quilucru?
Ca fait pourtant si longtemps que je suis partie si loin! La France me parait bien lointaine.. Il faut dire aussi (disons-le, pardi) que depuis mon arrivee, j’ai pu voir enormement de choses, souvent nouvelles et/ou etrangeres, qui ont emoustille mes yeux et stimule mes atomes; et qui, s’accumulant, ont deja forme dans un important coin de ma tete un grand tas de decouvertes : par consequent le coin de la France s’est range bien soigneusement a sa place, et me il parait maintenant plus lointain..
Ce que j’aimerais le plus, c’est partager des images. Tout est beau!
Il faudrait, pour commencer, que je parvienne a trouver une connection internet qui ne rechigne pas trop a charger qq photos; mais je vais egalement essayer de faire des descriptions ecrites tellement super glop que vous vous y croirez. Hum. Ceux qui ont de l’imagination.
Par exemple, hier soir. L’equipe de PANI (et moi-meme, la gringa du coin) avait passé l’apres-midi dans un village (Bilolpur de son petit nom), a travailler avec la communaute sur la question des droits des enfants, par le biais d’une grande reunion – debat.
Ceci fini, il etait temps pour nous de repartir. Il m’echut une moto, comme moyen de transport. Moto, ca veut dire que quelqu’un conduit [quelqu’un = un homme, je n’ai jamais vu de femme au guidon d’un moto], et que le passager [ca c’est moi] est assis derriere, en amazone. L’amazone est valable pour tout le monde, par tous temps, sur tous les deux-roues (en velo on en voit tres souvent aussi), mais surtout les femmes… Je presume que c’est pour une question de gestion du sari, qui ne permet pas forcement la position motocyclique classique..
Bref.
Le soir commencait a tomber, le ciel etait gris-bleu a l’exception d’un bande rougeoyante le long de l’horizon, les champs nous entouraient et quelques arbres se detachaient en noir dans la brume.. Et moi je contemplais ce paisible décor qui defilait grace a ma mobilite veloce et qui se renouvelait en reflets dans l’eau.. Le tout constituait un paysage qui, c’est le mot, etait intrinsequement bucolique.
Certes, pour etre aussi bucolique qu’un pique-nique champetre, il aurait fallu ignorer les inombrables moucherons qui nous foncaient dans les yeux ainsi que les haies d’honneurs formees par les enormes crapeaux du bord de la route. Mais tout de meme. Ne soyez pas si tatillons.
La position amazonienne a ses avantages : on profite mieux du paysage. En noutre, quand on fait un aller-retour, le panorama est complet.
Que demander de plus?
Ce matin, on m’a donne la becquee comme a un oisillon!
En effet, ayant pris de l’assurance, je me suis decidee en ce beau jour a aider pour la cuisson des Chapati (les eternelles galettes). J’avais procede a une observation attentive et minutieuse des gestes a effectuer pendant le debut de la semaine, et, a mon tour, armee d’une espece de pince, je ne m’en sortais pas trop mal, par ma barbe!
Mais, la fougue m’emportant dans son tourbillon d’inattention, je me suis soudain servie de ma main comme pince pour remettre sur le feu le plat en fer ultra-brulant..
aie, oui. Aie.
Une main en moins! La droite, naturellement. C’est plus rigolo pour ecrire. Elle fut enduite de dentifrice (ben oui, c’est ca qu’ils utilisent ici pour stopper les brulures) et plongee dans l’eau fraiche pendant plus d’une heure. Mais aie quand meme des que je sortais de l’eau le doigt le plus touche.
..J’ai donc realise ce matin qu’en effet, le principe comme quoi on ne mange pas de la main gauche est irrefutable : la main droite plongee dans l’eau, il me restait tout de meme la gauche! Mais pour manger, ce n’est pas acceptable : c’est du coup la maman (Mira) qui m’a donne a mange a la petite cuillere, comme un nourrisson!
J’etais zhilare.
Ca faisait longtemps que ca ne m’etait pas arrive…!
Oh! au fait! j’ai vu mon premier elephant mercredi! (le 7 oct). d’accord, j’etais seulement en voiture et on l’a juste double. Mais tout de meme! c’est pas banal!
Une question subsiste. s’ils ne les mangent pas, mais que font-ils alors de toutes ces vaches??
-
GHAR ME
Petite description de mon quotidien de gallinacee (je me leve et m’endors avec les poules) :
Je vis depuis mon arrivee a Chachikpur dans la famille Bushan, dont Prakash, qui m’avait accueillie a l’aeroport, est le fils cadet. En temps byzantin 9quand c’est byzance), on peut etre jusqu’a 12 dans cette maison. Parfois, comme c’est la crise, on n’est que 5. Comme je disais, toutes les generations sont sous le meme toit. Il y a donc : la Grand-mere, deux des freres de Prakash et leurs epouses, leurs enfants (et epoux respectifs), et les enfants de ces derniers.. La plus jeune s’appelle Shiristi, elle doit avoir 1 an et demi et m’amuse beaucoup. (je crois que c’est reciproque!)
(en fait, je mens. Le plus jeune est ne avant-hier! Mais il n’a jamais encore mis les pieds ni le nez dans la maison, il est toujours a l’hopital avec la maman.)
La maison en elle-meme est assez grande, ouverte : il y a une cour interieure, avec toit toutefois, les fenetres sont des barreaux avec des volets. Pas de salon, on est presque toujours dans l’espece d’entrée sur un lit tresse qui sert de banc, assorti d’une petite table en plastique pour celui qui mange..
Le sol est tres utilise : on s’y assoeit, on y pose les epluchures de legumes avant d’aller les jeter, ou les plats chauds qui sortent du feu.. il faut dire qu’il est en “beton” dans toute la maison, cuisine et chambres comprises.
Ma chambre est a l’etage, a cote de la salle de bains. Ce que j’appelle salle de bains, en fait, c’est les toilettes a la turque (un peu plus elaborees tout de meme que les ‘a la turque’ francaises..) et le robinet a partir duquel on remplit les seaux d’eau qu’on se renverse dessus pour se doucher!
Ca va, je le vis bien. Faut voir ce que ca donnera en hiver, avec l’eau froide..
Etant donne l’ouverture quasi permanente sur l’exterieur, difficile d’eviter la poussiere (jusqu’a ce que je me decide enfin a balayer, il y avait du sable dans ma chambre) et les ptites bêtes, pas toujours si petites d’ailleurs. A ce propos, je crois bien que je commence a etre immunisee contre les araignees! Meme plus peur, je crains degun! Ou presque.
Les ventilos de plafond sont presents dans toutes les pieces, et bien necessaires, meme si on commence ces jours-ci a sentir le debut du commencement d’un petit raffraichissement.
Bcp de mouches aussi, partout, tout le temps.
La description que je vous fait donne l’impression d’un lieu completement insalubre, ms ne vous y meprenez pas! C’est parfaitement habitable et ne donne pas la sensation de salete. (pas a moi en tout cas !)
Dimanche 18 octobre 2009
Reorganisation.
-
RECETTES
-Tchai (cay)
Je peux a present vous donner la recette du chai (prononcer tchaille), le the au lait aussi incontournable que les chapatti..
(j’ai reussi, hier, a passer une journee sans boire de chai. Mais non sans difficultes! il ne faudrait pas songer a decliner toutes les invitations, ca finirait par froisser les hotes.)
-faire bouillir du lait, au point que ca commence a mousser, a deborder presque, qu’on souffle dessus mais qu’on laisse sur le feu
-y rajouter un peu d’eau
-puis du sucre, au gout mais en general c’est une bonne dose
-enfin, mettre du the noir directement dans la casserole et continuer de faire bouillir qq minutes : ca devrait prendre une couleur café au lait (voire meme the au lait pour les intrepides)
-la version aux feuilles de the vert est aussi possible, mais pour ma part, surement pace que c’est le premier que j’ai goute et auquel je me suis habituée, je prefere le noir.
-pour servir, il n’y a plus qu’a se munir d’une tasse a fleurs (parce que c’est dynamique et bon enfant) et d’une passeoire, puis de verser l’un dans l’autre a l’aide du dernier.
Facile, non?
Je me plains beaucoup, mais ce n’est pas mauvais! C’est juste ecoeurant a trop haute dose.
Essayez!
-CHAPATTI ou RUTI (ROTI)
-D’abord, l’elaboration de la pate :
-une bonne dose de farine blanche tamisee, qu’on peut melanger ac de la farine complete.
-y verser un peu d’eau (je compte bcp sur votre capacite a mesurer au pifometre), et empoigner le tout a pleines mains pour malaxer.
-qd vous avez reussi a obtenir une grosse masse de pate, ecrabouillez-la avec vos poings (le revers des doigts) jusqu’a l’aplatir completement.
-replier la pate sur elle-meme et recommencer plusieurs fois.
-Puis reformer enfin la grosse masse de pate.
-de la, en separer une partie qu’on roule sur elle-meme pour faire un grand boudin (pardon pour les metaphores un peu balourdes).
-demanteler l’integralite du boudin en tournant son extremite : cela doit former des petits boules, pas plus grosses que le cercle qu’on obtient en joignant son index et son pouce.
-Les petites boules sont aux chapatti ce que les chenilles sont aux papillons !
-En prendre une, la faire rouler sous la paume pour bien l’arrondir, puis l’aplatir un peu du bout des doigts, une fois de chaque cote.
-replonger ce galet dans la farine et l’en submerger.
-ruisselant de farine, ce galet se fera de nouveau aplatir a l’aide d’un rouleau a farine, et, grace a votre dexterite millenaire, il commencera a ressembler a une galette bien ronde.
-s’ensuit un deuxieme bain dans la farine, et un deuxieme passage du rouleau, qui peaufine la forme et la finesse du chapatti encore cru.
CUISSON :
-vous etes supposes disposer chez vous d’un plaque metallique ronde et a peine creusee. Vous la placerez alors sur le feu, et, des qu’elle sera chaude, y enverrez le chapatti avec sa petite forme de crepe.
-Ne laissez meme pas au premier cote le temps de se dorer la pilule ; au bout de 10 secondes il est deja retourne.
-Grace a la super pince plate (du genre des pinces de cheminee), vous verifiez l’avancement de la cuisson du 2 eme cote. Des qu’apparaissent des taches de rousseur, c’est dans la poche :
-vous sortez la plaque du feu, et placez le 1er cote du chapatti directement sur la flamme.
Normalement, il gonflera comme un petit ballon.
La encore, ca dure tres peu, et au bout de quelques secondes, vous pouvez le retirer du feu et le placer dans le recipient thermo dynamique qui retient la chaleur ; c’est votre premier chapatti ! Il doit etre souple et soyeux.
-Si, emporte par votre elan createur, vous vous sentez d’enchainer sur la cuisson d’un deuxieme, replacez la plaque sur le feu, AVEC LA PINCE et non pas avec les doigts..
Parce que sinon, ca pourrait faire mal. Mon majeur peut en temoigner.
DEGUSTATION :
-qd je serai grande, je vous fournirai surement la recette d’un super plat de legumes a manger avec son chapatti. Pour le moment, debrouillez-vous !
-
Quelle aventure!
Je me fais rire avec mon soi-disant ‘esprit aventurier’..
C’est sur, partir dans un pays inconnu et lointain pendant plusieurs mois, ca en jette, ca fait audacieux!..
En fait d’audace, ici, je me suis replongee dans une vie de jeune enfant : capable de comprendre des choses, plein d’envies mais pas encore autonome et ne sachant pas toujours s’exprimer..
Je suis, concretement, completement dependante! Je vis dans une famille attentionnee qui me loge, me nourrit (je reussis de mieux en mieux a me faire accepter pour la participation a la preparation du repas, mais toute autre tache m’est interdite, y compris me servir ma propre assiette..), devancant meme ma faim en me proposant a tout instant de manger ; pour aller au bureau de PANI a 1km, on vient me chercher tous les matins en moto et me raccompagne a domicile le soir, pour acheter deux savons et des tongs, on me conduit, on me dirige, on m’assiste, on demande pour moi..
Ma seule action propre ici consiste en fait a me soumettre au nouvelles conventions, a accepter un etat (que j’espere provisoire) passif et assiste.. Du cote de la prise de risques, des decisions courageuses, on s’approche du neant !
Peut-etre que cette soumission volontaire est une forme d’aventure ; c’est sur, c’est une experience plus ou moins inedite et travaille encore mes capacites d’adaptation.
Mais ce n’est pas forcement la vision que je m’en faisais !
…Quelle aventure !
Quelle aventure ?
-
Conventions, hierarchie et respect..
Parlons convention.
La societe indienne que je decouvre peu a peu est une societe tres tres normee. Il existe un nombre de regles et d’usages impressionant, portant sur tout et dans toutes les situations. Je suis d’ailleurs bien loin d’avoir conscience de toutes celles auxquelles je deroge..
Ne serait-ce qu’au niveau vestimentaire par exemple : d’un simple regard, on peut reconnaitre une femme mariee : elle porte le fameux point rouge entre les deux sourcils, qui n’est pas toujours rouge d’ailleurs, il peut varier selon la couleur du sari, des cheveux, des chaussures.. ; et elle a egalement la racine des cheveux (sur le haut de la tete, le long de la raie) teinte d’un trait rouge ou orange fluo.
Ce qu’il est marrant de remarquer en voyageant c’est qu’une convention n’est vraiment qu’une convention, un choix arbitraire et inexplique mais accepte par tous.. Comment expliquer par exemple que la decence d’ici impose que les epaules et les chevilles soient couvertes, mais pas le ventre, qui a souvent l’occasion d’apparaitre entre deux mouvements de sari ?
Je pense que je vais inventer une communaute dans laquelle on ne devra surtout pas montrer son petit doigt ni ses oreilles, mais que tout le reste sera visible sans choquer.
Bref.
En outre, les regles de politesse et de tenue sont plethore. Par contre, cracher par terre (le tabac a macher tres populaire), roter en public, renifler degueulassement (cf absence de mouchoirs) ou jeter tout et n’importe quoi au sol (ca me fait mal au cœur.. mais j’ai pas encore le vocabulaire pour soutenir et expliquer mes recriminations) sont des choses parfaitement acceptables.
D’apres mes suppositions (ui, je suppute beaucoup, a defaut de comprendre), ca depend du rang social. La societe est archi hierarchisee (defi : repetez ‘archi hierarchise’ 5 fois a voix haute), et quand les ‘superieurs’ ont tous les honneurs et tous les droits, ceux du bas de l’echelle doivent en permanence montrer leur deference ou soumission et n’ont, par exemple, meme pas le droit a une chaise pour s’assoeir dans la maison d’un ‘grand’.
Pour saluer quelqu’un de plus haut rang que soi, par exemple, il est d’usage de lui toucher les pieds en plus du ‘namaste’ traditionnel. Je vois mal comment on pourrait plus afficher son humble soumission..
A l’inverse, comme je le disais, les honneurs sont innombrables pour les plus hautes castes. Et pour mon malheur, en tant que blanche, je suis consideree comme faisant partie de la fine fleur de la superiorite sociale.
C’est ainsi que vendredi dernier, assistant a un tournoi sportif entre les ecoles du coin que PANI sponsorisait (fournissait les prix), impossible de regarder quelque match que ce soit sans qu’aussitôt on me fournisse une chaise a l’ombre, au 1er rang, en ayant si necessaire vire 3 personnes et sans tenir compte de mes protestations.. Impossible egalement pour moi d’eviter de me retrouver a la table d’honneur a la fin du tournoi, de recevoir collier de fleurs et lots de recompense (il faut dire que j’avais un grand merite d’avoir deplace ma grande et royale personne sur les lieux)..
Cette ceremonie d’auto celebration m’a un peu refroidie. Les membres de PANI et organisateurs etaient installes a la table, en face de la foule assise par terre, et n’arretaient plus de s’auto congratuler et de se remettre des fleurs (litteralement !), ne faisant parfois meme pas semblant d’ecouter les enfants qui chantaient pour eux juste devant.
La remise des prix a tout de meme fini par avoir lieu, et en fonction de ses scores, chaque enfant a recu un ou plusieurs verres, coupelles ou assiettes en inox (couverts tres couramment utilises).
Mais, a force de durer, la ceremonie en a perdu tout son public et le discours final a été prononce pour la table des organisateurs et une pelouse.
Le fait que le public n’attende pas la fin peut vous sembler un peu curieux, voire irrespectueux.
Cela me donne une super occasion de faire une transition vers ce que jai note autour de la difference des conceptions du respect..
-du sommeil ! Je crois que la notion de respect du sommeil est completement etrangere aux Indiens. Je fais en fait ici une minable generalisation d’un fait observe uniquement a domicile : c’est juste que depuis mon arrivee, je n’ai jamais pu me reveiller au dela de 8heures (sachant que ma journee de ‘travail’ commence rarement avant 10heures). Cela est du a la fois au bruits que la maison, déjà reveillee, produit (des coups de marteau ne seraient pas incongrus a cette heure la), et a la delicatesse de la jeune fille qui partage ma chambre, qui prend bien soin chaque matin d’ouvrir les volets et la porte de la chambre des qu’elle est reveillee, malgre mes protestations et tentatives d’explication regulieres. Sa specialite demeure toutefois le debarquement nocturne dans la chambre ou je suis déjà endormie, allumant la lampe et le ventilo a la fois (pour etre sure que si la lumiere ne me derange pas, ce sera le bruit ou le courant d’air) et me souhaitant un ‘Good night’ retentissant quand elle a fini par s’allonger.
Glups.
-ca, c’est international : ici aussi, l’usage du telephone portable est eclatant de je m’en foutisme pour ceux qui sont autour. Mais a une echelle que je ne connaissais pas encore : en plein meeting de PANI, l’un des organisateurs sonne, repond et se met a parler plus fort que celui qui etait en train d’animer le debat. Personne n’entendait rien, mais personne ne lui aurait fait remarquer non plus qu’il genait. C’est normal.
Disons courant.
-en fait, il s’agit non pas de gener les autres mais de saisir toute opportunite qui se presente. Ils sont tellement nombreux, faut pas qu’ils ratent lur chance ! Ainsi, si tu regardes quelque chose depuis une chaise et qu’il reste de l’espace devant toi, tu peux etre a peu pres sur que quelqu’un, qui veut voir aussi, viendra tranquillement se placer debout juste devant toi. Le fait de gener n’est meme pas present a sa conscience : il y avait une place.. il l’a prise, pardi !
-
Femme a barbe
Je suis une femme a barbe ! Un phenomene de foire ! Une cerise sur le gateau ! Un ponpon !
…
En rapport avec l’idee de respect de l’autre.. en diverses occasions, et plus particulierement lors du tournoi sportif que j’ai déjà decrit, j’ai experimente cette drole de sensation que d’etre une bete curieuse..
C'est-à-dire, pour faire simple, avoir en permanence un, deux ou enormement de regards braques sur moi et me devisageant sous toutes les coutures. Parfois, c’est meme un cercle entier d’enfants (car il s’agit tout de meme en majorite d’enfants) qui se forme autour de moi, qui demeure bien penaude au centre de leur attention. Ils n’attendent meme pas forcement de moi que je fasse quelque chose de sensationnel, puisque le simple fait que je sois la, blanche malgre mes habits les plus locaux possibles, est déjà en soi qqchose d’extraordinaire. Mais si je suis en train de faire quelque chose (lire, ecrire..), ca demultiplie encore les curiosites et les regards.
A petite echelle, c’est rigolo, etonnant mais ca va.. Mais quand c’est toute la journee, ca devient a la limite de l’insupportable.. Lors du tournoi, donc, il y avait des matchs (meme pas de criquet d’ailleurs !), mais je n’assistais pas a tous. Des que j’etais en dehors, impossible de s’isoler nulle part. J’ai maintes fois tente des deplacements strategiques, des ruses de sioux, je suis allee photographier des arbres bien au-dela des terrains de sports.. rien a faire, toujours au moins deux minots derriere moi a scruter tous mes mouvements.
C’est.. usant. J’ai bien cru pdt cette journee que j’allais finir par peter les plombs, mais ca n’aurait, au pire des cas, que renforce leur interet… !
Bref. Cela pour dire que dans les environs, les etrangers ne sont pas tres couramment de passage et elevent les curiosites. Ca n’est pas toujours aussi insupportable que ce jour la, qui était dans un contexte particulier. Ca peut aussi revetir une forme hachement plus sympa, comme les « didi namaste ! » cries par les petits qu’on croise le long des routes..
-
Le long des routes…
C’est fou tout ce qu’on peut voir le long des routes.
Des elephants, des cyclistes tenant un parapluie, des mini temples improvises avec des statues d’elephants decorees, des gens accroupis, des arbres, beaucoup de chiens,enormement de vaches, des maisons de boue ou de briques et de bois...
Je fais beaucoup de trajets dans le coin, toujours a moto, toujours en amazone, jamais de casque, jamais bien vite non plus (on a fait des pointes a 60km/h, ca decoiffe ! A 70, ca m’est arrive une seule fois, la c’est juste stressant.).. C’est que l’etat de routes ne le permet que rarement ! Si ce n’est la visibilite (fougeres geantes qui cachent le cycliste quon va ecraser jusqu’au dernier instant), c’est la practibilite de la route qui n’est pas valable !
Ils sont d’ailleurs en train de refaire la route pres de PANI : c a dire qu’ils etalent les gros tas de pierres pointues qui bordaient auparavant le chemin, deposes la par des camions, et qu’ils passent ensuite au rouleau compresseur par-dessus. Avant d’etre tassees, les pierres offrent un chemin parfaitement impraticable !
N’empeche que ces trajets a moto sont vraiment chouettes. Je m’en delecte a chaque fois ! Comment profiter mieux du paysage, si pleinement bucolique ?
Quand ce n’est pas un arbre extraordinaire ou un champs de riz ou de canne a sucre, c’est un coucher de soleil orange reflete dans l’eau d’une etang ou riviere..
C’est beau !
Et, un detail qui me plait enormement : les gens ne mettent pas d’antivol a leur velo ni a leur moto. Ils le posent la, et reviennent le chercher quelques heures pus tard, il n’aura pas bouge.
Je crois que je vais me constituer une collection de photos de velos !
-
Infos pratiques..
Ou suis-je?
Adresse :
Anaelle S. , care of PANI,
Dhirendrapuri,
PO (Post Office) : Chachikpur, via Goshainganj,
Distt : Ambedkarnagar – 244 141,
Uttar Pradesh, INDIA
Dhirendrapuri, ou Chachikpur, est un petit village de l'Uttar Pradesh a 40 km au sud de Faizabad. Faizabad est elle-meme a environ 120 km a l'est de Lucknow, la capitale de l'Uttar Pradesh. Le tout se passe dans le nord de l'Inde, puisque l'Uttar Pradesh est la region qui partage une frontire avec le Nepal, au nord, et avec New Delhi, a l'ouest.
C'est dans cette region que se trouvent Benares (Varanasi) et Agra (.. le Taj Mahal, ca vous dit qqch?)
Decallage horaire :
L'Inde est a GMT +5h30, ce qui veut dire 4h30 ou 3h30 de plus qu'en France, en fonction de l'heure d'ete ou d'hiver.
Conversion :
possible vers l'hindouisme,le bouddhisme, l'islam,le sikhisme, le taoisme.. vous n'avez que l'embarras du choix!
En ce moment, approximativement, 1 euro = 70 ruppees ..
je completerai avec d'autres infos pratiques,vous pouvez me souffler des questions.
-
Lexico.. Lexiiicoo..
Voici, a picorer, un petit lexique aleatoire (de memoire) : L'alphabet est bien plus complet et varie que le francais, et je ne l'expliquerai pas. Chaque voyelle par exemple a deux formes, une longue et une courte, pas representees par le meme symbole.. Donc c'est ici transcrit phonetiquement,comme dans mon super bouquin d'hindi!
Quelques idees de la prononciation :
c = tch
v = melange entre v et u
u= ou
a= a francais pour les a longs, a anglais (le a court qui ressemble a un e) pour les a courts. h = ils sont tres prononces, ne pas les omettre! On les dit aspires, mais je suis contre, moi je les expire..
e = et comment je suis censee ecrire un e accent aigu si j'ai pas d'accents?!
ai = comme en francais, le 'ai' bien ouvert de 'haie'
Les questions:
-Kya = quoi, que, qu'est-ce que
-kyo = pourquoi
-kaha = ou
-kaun= qui
-kisko = a qui
-kitne /kitna / kitni = combien,
-kaise/kaisa/kaisi = comment, de quelle maniere
-kab = quand
Les essentiels :
-khana = manger, nourriture
-sona= dormir
-bathrum = transparent
-aur = et, plus (exemple : aur khana??)
La notion du temps :
-kal = aujourd'hui
-kal = demain .. oui, c'est bien ca! Allez vous debrouiller maintenant!
-abhi = maintenant
.. a suivre
Les dieux de la mise en page sont decidement contre moi. Je suis navree des gros blocs de mots que je vous impose.. Pourtant c'est pas faute d'essayer d'espacer et d'aerer le tout!
Autre commentaire : n'hesitez pas a refaire un tour dans les messages deja lus,je les complete,les illustre ou les arrange parfois..
-
Le pays de la moderation
La plupart des Indiens n’est jamais allee en Corse. En effet,tres rares sont ceux qui ont deja entendu parler de Parcimoni !
[oooh, aaah, applaudissements foisonnants : quelle entree en matiere !]
Le klaxon par exemple. Il a beau faire partie des instruments incontournables de la conduite, il arrive parfois que certains conducteurs se mettent a ressentir un manque en l’absence de klaxon durant plus de 15 secondes, et qui par consequent ne lachent pas le leur. Qu’il y ait quelqu’un a prevenir ou pas, ca n’est plus leur affaire, leur esprit s’est envole vers le royaume polyphonique des klaxons.
D’autres ont trouve une astuce, ce sont les gros camions : c’est carrement une melodie qui se declenche quand ils maintiennent leur klaxon plusieurs secondes !
En voiture, en deplacement, on a l’occasion d’observer un bon tas de choses, comme je le faisais precedemment remarquer. C’est ainsi que j’ai decouvert que l’hyperspecialisation des petits stands du bord des routes est telle que l’on peut aller acheter chez l’un, exclusivement des oeufs blancs ; chez l’autre, des minis sachets de tabac a macher et des bidies, chez un troisieme, uniquement des casques de moto (unisize j ‘espere), ou encore, chez le dernier, seulement des biscottes !
Tant qu’on est dans les histoires de route, je continue sur une anecdote fort goutue. Et vecue, en prime.
Durant le dernier trajet de 160km en 4 heures qui relie Lucknow et Chachikpur que j’eus l’occasion de parcourir, nous etions 6 dans la voiture. Les deux enfants se partageaient le siege avant, sans ceinture bien sur (dur dur de me retenir de sursauter entre 2 serrages de dents crispes dans cette situation.. mais je ne me suis pas lancee dans des ‘avises conseils d’occidentale’ a la mere, qui avait l’air consciente et consentante.. Cruel dilemne d’ailleurs pour moi que de m’exclamer ‘Mais ca va pas la tete ?’ ou de la laisser gerer..) Bref.
Il se trouve que l’un des enfants apartenait a la categorie « malade en voiture ». Il a donc vomi une premiere fois (heureusement plethore de sacs plastiques avaient ete prevus pour l’occasion), puis une seconde fois, puis.. 4 fois en tout, si je me souviens bien. Entre chaque rechute, que faisait-il pour aller mieux ? Il ingurgitait toffee sur toffee, qu’il exigeait d’un mot (« toffee ! » d’une voix un peu gemissante) ou que la mere lui proposait quand il n’y pensait pas ! Dingue. J’ai juste trouve ca dingue. La, je me suis permis de remarquer que si j’etais a sa place, en aucun cas un bonbon ne me remettrait d’applomb, mais a l’est rien ne bouge : la mere n’a pas considere ca comme une idee a essayer.
Enfin, avant une treve de voitures, je vous dirais qu’ici, les ralentisseurs ne sont pas des dos d’ane, o non ! Ce sont des dos de dromaludaire : trois bosses qui vous immobilisent presque la voiture.
Quitte a faire dans la rebelote, je me relance dans un paragraphe sur les tenues des femmes indiennes. Ici encore, la moderation n’est pas de mise. Outre les saris ou kurta (long tee-shirt recouvrant un pantalon) au couleurs prolifiques, ce sont les bijoux qui ont attire mon attention. Tres rares sont celles qui ne portent pas a la fois des boucles d’oreilles, un collier (generalement une chaine en or ou en argent), un bijou sur la paroi gauche du nez (jamais de l’autre cote !), une multitude de bracelets qui cliquettent, clinquent et clanquent, une ou plusieurs bagues aux doits, et, marrant, aux orteils, et enfin des bracelets de cheville. Le compte est bon !
-
Fonctionnement.
On a coutume de se plaindre des fonctionnaires des services administratifs francais. Quelle grossiere erreur ! Nous ne connaissons pas notre chance ! Certes, le secretariat de la fac ou il faut absolument se rendre avant la fin de la semaine n’est ouvert que de 9heures a 11h30 un jour sur deux, mais, une fois qu’on a vaillament parcouru toute la file d’attente et que c’est enfin notre tour, on finit par obtenir notre papier ! Ou a savoir dans quel autre bureau se rendre de 15h00 a 17h seulement le mardi.. Bref.
Sachez qu’en Inde, c’est pire. Mais pas un pire leger, pas un gentil petit pire.. Un VRAI pire. Moi qui me croyais, apres des semaines de centre aere et de Diablines a 5km/heures dans les rues encombrees d’Aix, un peu aguerrie en ce qui concerne la patience, j’ai tout de meme reussi a m’exasperer interieurement du degre de lenteur, de nonchalance, d’inefficacite et d’inutilite des services administratifs indiens. Du service d’enregistrement des etrangers, plus precisement. C’etait a se demander s’ils ne faisaient pas expres d’etre si patauds.. J’avais envie de prendre le stylo et de le remplir, moi, son fichu formulaire qui ne demandait rien de bien original, entre mon nom et mon numero de passeport qu’il avait sous les yeux... ! Mais j’ai tenu bon, meme apres deux allers-retours pour aller faire des photocopies, des attentes, des changements d’interlocuteur.. Et ce pour apprendre a la fin de cette belle visite que l’on devrait revenir le lendemain, car le jour meme, le superieur charge de ces dossiers (et devant, entre autres, les signer) n’etait pas la... !
Incredible India.
Leur pub, ca c’est garanti, n’est pas mensongere.
-
Cargaison.
Diantre, voila un arrivage tout frais d’agreables moments qui vient de m’etre decharge.
Pour commencer, un peu d’air frais : une grande respiration m’a ete permise grace a un rapide sejour a Lucknow (Lakhnau) en debut de semaine derniere. Tres peu de temps, c’est vrai, surtout en tenant compte des trajets en voiture et de l’arret a Faizabad. Nonobstant, rien de superflu, puisque ce meme arret a l’office regional de Pani a Faizabad m’a offert la possibilite d’une connexion internet hors du commun ! (d’ou ma soudaine prolixite bloggesque, que je ne reitererai pas chaque semaine..)
Et puis, comme d’hab, sur le trajet j’ai eu tout plein de choses insolites a voir et a noter, entre deux panneaux qui faisaient diversion. (La route Faizabad-Lucknow est en travaux, et leur maniere d’indiquer une deviation vers l’autre voie, c’est de poser la un panneau DIVERSION.. !)
Et puis, ce petit retour a la ville (avouons-le, j’ai ete tentee de dire ‘a la civilisation’) m’a remis un peu les idees en place, et surtout permis d’effectuer des operation fort basiques mais aussi fort necessaires ; notamment acheter du PQ et des mouchoirs.. C’est dans la poche, j’en ai fait un stock ! Mieux vaut etre prudent...
Cela m’a aussi ouvert de nouveaux horizons, par le prise de conscience que je n’etais pas enfermee a Chachikpur et que rien ne m’empeche, dans un certain temps, de venir passer un petit mois a l’office PANI de Lucknow, a travailler avec les bidonvilles par exemple (on me l’a propose), ou d’aller rendre visite aux fils de Bharat qui travaillent tous deux dans des organisations d’aide a la population, a Jaipur (Rajasthan) et Faizabad..
En outre, une fois rentree a domicile, arrives sains et saufs malgre la conduite du chauffeur, arriva le temps du Pujah, une grande ceremonie qui rassemble toute la famille Bhushan a Chachikpur pour des festoyades et des rituels annuels dedies a la deesse du soleil. Je decrirai cette superbe ceremonie plus tard, sinon je vais encore recevoir des plaintes concernant la longueur de mes messages. Mais, ce qu’il faut retenir c’est que c’etait magnifique, j’etais si ebaubie que mon doigt ne pouvait quitter le declencheur de mon appareil photo ; et que ce fut aussi une bonne occasion de rencontrer de nouvelles tetes, (et meme des jeunes ! alors ca existe, ici aussi ?!) et de manger comme jamais.
Quel regal, cette bouffe indienne. Je ne m’en remets pas. Pour le coup, meme si c’est encore une fois sans moderation aucune que l’on rajoute huile, ail, piment et epices dans les plats, le resultat est parfait, une sauce piquante est compensee par un plat plus doux, et les papilles se rejouissent sans relache. Le nez cherche parfois a faire son interessant en se mettant a couler pour me rappeler qu’il y avait initialement beaucoup d’epices dans le plat.. Mais c’est delicieux.
La seule petite reserve que je trouverais a faire concerne la presence parfois abusive de coriandre, que dans tous les cas je n’ai jamais franchement appreciee..
Et, cerise sur le gatal, depuis hier matin, j’ai pris mon envol : je pedale enfin ! Ma suggestion d’autonomisation pour les trajets maison-PANI a ete immediatement adoptee, et des lors, je me deplace en velo ! O joie, o plaisir retrouve, o liberte ! Je ne devie pas d’un iota de la route que je faisais jusqu’alors en moto, mais j’ai l’impression que desormais tout est possible !
C’est agreable.
Hum, je me dois toutefois de faire une petite correction : je m’etais un peu emballee : les velos ont bel et bien des antivols eux aussi, mais ils sont integres a la roue arriere et on ne les voit pas. C’est d’ailleurs assez astucieux comme technique : il s’agit juste d’une tige en metal qui bient bloquer la roue quand on tourne la cle.
-
Inde vs Perou
J’ai beau m’etre cette fois dirigee du cote oppose a l’Amerique latine, je ne peux m’empecher de retrouver ici plein de petits details deja entrevus au Perou.
- cette ambiance de joyeux bordel, que l’on trouve par exemple au marche ;
- cette poussiere a certains endroits envahissante et diffuse qui donne parfois aux scenes quotidiennes des lumieres et des allures irreelles, presque oniriques ;
- cet etonnement face aux gringos (je ne connais pas encore le terme de ‘gringo’ en hindi d’ailleurs) ;
- cette dependance de l’homme a la femme ; dans le sens ou un homme sans mere, epouse ou employee de maison est rarement capable de se debrouiller tout seul au quotidien (nourriture, lessive..) ;
- cette omnipresence sonore : il y a toujours quelqu’un ou quelque chose qui parle, qui tremble, qui chante, qui crie, qui roule, qui tape, qui tombe, qui klaxonne, qui tourne.. a toute heure ;
- cette absence de tout Non ou de la moindre contradiction dans l’education (je serai tentee de dire non-education) des enfants, qui amene parfois a des comportements completement inacceptables de la part de ces ptits diables. Inacceptable selon mes criteres, mais pas le moins du monde pour leurs parents. ;
- cet accueil de l’hote ou de l’invite directement dirige vers l’estomac, et cette determination a me faire ingurgiter plus de succulents mets que je ne peux (et pourtant, ma limite n’est pas si facile a atteindre dans ce domaine-la !) ;
- cette eau froide de la douche qui demande pas mal d’auto persuasion en hiver pour s’y mettre ;
- cette incroyable diversite des cultures, des climats, des paysages dans un seul pays. (Mais dans le cas de l’Inde, c’est un peu de la triche, etant donne sa taille continentale) ;
- cette impossibilite de prononcer correctement mon prenom : ca donne Anel au Perou, et Anelli ici.
Mais j’ai toutefois eu droit ici a une remarquable initiative qui se doit d’etre mentionnee : trouvant Anaelle trop complique, Babli, la fille de Bharat, a decrete qu’elle mappellerait Mahi (c’est sa maniere de prononcer Marie), apres que je lui eus conte que c’etait mon 2eme prenom que je n’utilisais absolument jamais, et dont la tache n’etait que de figurer sur ma carte d’identite..
- cette jolie langue nationale, meme s’il est vrai que l’hindi ecrit reste incomparable,
- ce developpement des metiers « d’aide a la personne », c’est a dire de differents types de serviteurs.. Employe de maison qui fait portier, serveur, plombier, nounou, gardien, et puis un chauffeur, et puis un livreur... etc.
- cette exageration impressionante dans tous les aspects des programmes televises, du jeu des acteurs a la saturation des couleurs, en passant par les mouvements de camera et le montage, sans oublier les bruitages dignes d’un jeu video..
- cette possibilite de tout acheter a l’unite, par exemple les sachets de shampooings. Dans les formats plus grands, ca fait trop de depenses d’un coup..
- cette importance de la famille, et de son modele traditionnel, et l’influence (nettement plus marquee en Inde cependant) des parents sur le choix de l’epoux/se.
> Precision : au Perou, les parents imposent le mariage, mais pas le choix du conjoint. En Inde, ils fournissent un pack cle en main a leurs enfants : de l’age du mariage a l’epoux..
-
Ceremonies d’Octobre : Diwali.
Le 17 octobre dernier, c’etait Diwali. Diwali (ou deepavali) c’est le festival des lumieres qui a lieu dans l’Inde entiere. Rien a voir avec Lyon : ici, point de grandes installations, mais au contraire une accumulation de petites loupiottes que chacun met sur sa fenetre, au balcon, sur la terrasse, sur le toit, dans la maison..
A Chachikpur, dans ce petit village, tout le monde a commence a installer des bougies des la tombee de la nuit, et apres un petit moment, depuis le toit, on pouvait voir que tout scintillait aux alentours. Des petits points de lumiere flottants dans la nuit noire..
A l’interieur de la maison egalement, quelques bougies parsemaient les differentes pieces.
Ca donnait une sensation de legerete, avec un horizon paisible et serein, sous les etoiles qui, pas cachees par les lumieres ou la pollution de la ville, semblaient faire la competition avec les bougies pour briller encore plus fort.
Tres beau et agreable, une ceremonie toute en douceur..
Le cote spirituel de cette fete est la devotion, si je ne me trompe pas, au dieu du soleil. C’est dans la petite cour interieure qu’ont ete placees deux petites figurines dorees aux effigies des dieux, devant un grand parterre de bougies rectangulaire, aupres duquel chacun a prie, touchant de ses deux mains le sol puis son front, plusieurs fois de suite. Une corbeille d’offrandes venait completer le tableau.
J’aimerais bien etre capable de vous donner de plus amples precisions concernant ces ‘dieux’ indefinis que je mentionne, et je suis d’ailleurs a la recherche d’un livre qui puisse m’expliquer les grandes lignes de la religion hindoue. Je prefere un livre, d’une part parce que ca reste, et d’autre part parce que personne de ceux a qui j’avais demande des precisions sur les dieux existant et leurs particularites n’a su me repondre..
Il y en a trop !
-
RELIGION
En tout cas, la religion est tout de meme tres tres presente au quotidien. D’abord, les images, calendriers, affiches de dieux peuplent les maisons. Ils sont souvent reunis en un lieu, dans une mise en scene qui rassemble statuettes divines , images, lumieres, decorations.. Cela forme le petit temple personnel de la maison.
Le quotidien est egalement rythme par des activites religieuses :
chaque matin, par exemple, tous les employes de PANI s’emparent d’un balai (pas tous le meme, ca poserait des problemes de gestion) et nettoient le centre pendant un quart d’heure. Le depoussierage du sol, l’epoussetage, et meme le balayage de l’espace exterieur devant le portail. La, ils se contentent de repousser les dechets un peu plus loin dans le fosse.. (conscience ecologique indienne)..
Cela fait partie des rituels quotidiens imposes.
>>Je me dois de faire un aparte sur les balais : ici, point de long manche, point de rectitude ! Les balais sont des grands piceaux, avec un petit manche, et ils se manipulent a une main.
Parfois, quand il s’agit de balayer l’exterieur, on utilise plutot un assemblage de branches serrees ou de fines tiges ; c’est aussi tres efficace !
Apres ce quart d’heure de nettoyage, c’est le quart d’heure de prieres. Tous se reunissent dans la salle commune, et, assis en tailleurs, entonnent en choeur la chanson prevue a cet effet. Comme toujours dans les chants collectifs, certains sont plus justes que d’autres, certains sont plus convaincus que d’autres, mais le tout forme un ensemble assez interessant a observer, ainsi qu’a ecouter. Pas toujours melodieux, mais interessant. J’y ai assiste 3 fois jusqu’a aujourd’hui.
Chaque matin egalement, c’est Bharat, a la maison, qui effectue sa seance de prieres et de relaxation quotidiens, avant de commencer quoi que ce soit.
Et le soir n’est pas en reste : vers 18heures, tous les jours, Meera fait sonner une cloche / reveil qui annonce je ne sais quel procede spirituel, lequel se conclut par une distribution de gros cristaux de sucre et de raisins secs qu’il faut porter au front avant de les avaler d’une bouchee.
-
PUJA -photos
A partir du 23 octobre, c’etait le debut de la fete de Pujah a la maison Bhushan.
Toute la grande famille est arrivee petit a petit, des guirlandes brillantes et leurs cousines faites de fleurs ont recouvert les murs, plafonds et encadrures de portes, et l’etage de la maison s’est rempli de sommiers de lits tresses, matelas et autres couvertures.
Effectivement, il a fallu deployer une sacree artillerie, mais bien necessaire, etant donne que la famille au complet reunit une bonne cinquantaine de personnes !
Plethore de cousins, d’oncles et de belles soeurs que j’ai d’abord eu bien du mal a identifier ont commence a s’affairer et a papoter dans toutes les pieces, tandis qu’une dizaine d’enfants jouait dehors.
Pour nourrir tout ce beau monde, une armada d’epouses produisait des chapatti a la fordiste, et les plats de legumes avaient une taille gargantuesque. Un soir, on a meme eu droit a une marmite de sorciere, une marmite d’ogre qui pouvait contenir facilement deux ou trois petits enfants.. Elle s’est contentee d’un mouton, qui nous a bien regales servi dans des assiettes de feuilles d’arbres cousues !
(c’etait une occasion speciale, car d’habitude la maison ne mange pas de viande. [ben oui mon gros beta les maisons ca ne mange pas]. Etre vegetarien est qqch de tres courant ici, et les ‘cuisines vegetariennes’, c a dire les cuisines dans lesquelles on n’a pas le droit de cuisiner de viande, sont encore plus nombreuses.)
[precision : c’est tres souvent pour des raisons religieuses. La caste des brahmanes par exemple est vegetarienne par definition]
Le premier soir, la ceremonie se deroulait dans la chambre de Dadi ji, (Grand-mere). La chambre avait ete videe, ses murs decores : un visage peint, encore des guirlandes, des tonnes d’encens et un petit brasero. J’ai d’abord cru qu’ils tentaient une asphyxie generale, avec la fumee que ca degageait en plus de l’encens, mais ca avait l’air de leur convenir.
Dans la piece, deux petits tabourets : sur l’un, Dadi ji, en blanc, et sur l’autre, face au visage du mur, Bharat (le fils aine de la fratrie), egalement enveloppe dans un drap blanc.
Plus des bougies et d’autres accessoires contribuant a la mise en scene.
Chacun rentrait a son tour dans la piece, deposait dans le feu quelques pincees d’un melange de copeaux et de sucres en guise d’offrande, priait si desire, touchait le sol de sa tete puis les pieds des deux blancs protagonistes, avant de laisser la place au suivant. A l’exterieur, devant la porte, les autres sont assis sur le tapis et chantent des prieres, les voix se repondent et se reprennent en choeur..
Ce soir-la, on ne mange que d’une sorte de bouillie tres sucree et tres riche, c’est le dernier aliment que mangent la grand-mere, Bharat et quelques freres avant de commencer un jeune de trois jours.
Quand tout le monde eut fini, nous fimes tous 15 minutes de silence.
[L’horloge de PANI sonne 15heures sur l’air de ‘Ah vous dirai-je maman’]
C’etait deja pour moi une experience completement inedite, un peu mysterieuse et fascinante. Mais les jours suivants, eux, m’ont completement emerveillee.
Le 24 octobre, vers 16heures, un peu avant la tombee de la nuit, commence la grande ceremonie de purification. Tout le monde, bien lave, (meme moi qui rentree en urgence de PANI m’etais lavee les cheveux a la va-vite), suit les 5 ou 6 porteurs de corbeilles qui ouvrent la procession. Ces corbeilles contiennent des fruits (noix de coco, bananes, pommes), de l’encens, des cereales, des fruit secs ; ce sont des offrandes qui sont portees sur la tete jusqu’a l’etang ou se deroulera la ceremonie. Le plupart vont pieds-nus sur ce chemin qui longe les champs, et Raavi (l’un des freres de Bharat) passera l’ensemble du trajet a n’avancer qu’en s’allongeant a plat-ventre sur un petit tapis, un baton a la main duquel il trace la limite du prochain pose de tapis.
Arrives a l’etang, en musique, (un poste audio avait etait prevu ! mais egalement des chants de vive voix), tout le monde se rassemble dans la superbe lumiere du coucher de soleil et Bharat, un drap blanc a la taille, avance dans l’eau jusqu’a se placer en priere vers le centre de l’etang. Il y reste de longues minutes, puis revient vers la rive ou les corbeilles sont posees. La, c’est de nouveau chacun a son tour que l’on verse un peu d’une mixture de lait dans l’etang, puis porte les mains a son front avant d’avoir touche l’eau, devant Bharat mouille qui tient la corbeille.
Il jette ensuite des fleurs dans son dos puis retourne s’immerger et prier, et cela est repete plusieurs fois. Puis deux de ses freres le rejoignent dans l’eau (ils sont 6 freres en tout) et prient pareillement. (Derniere tentative, apres s’etre affames et asphyxies : la pneumonie).
Des bougies sont allumees, les femmes chantent, les enfants du coin s’agglutinent en grappes au pied des arbres pour regarder la scene. Et la lumiere est decidement splendide. Elle joue avec l’eau, et les saris encore plus colores, brillants et festoyants que d’habitude pour offrir des reflets et des tonalites d’une rare beaute. On dirait que tous les elements se sont mis d’accord pour que le moment soit beau.
Moi, comme toujours, je n’arrete pas de prendre des photos.
Cette ceremonie en direction de la deesse du soleil se deroule en deux parties : la seconde est au meme endroit, quelques heures plus tard, cette fois-ci pour le lever du soleil. On quitte la maison de nuit, et retraverse les champs jusqu’a l’etang en suivant les lumieres des bougies contenues dans les corbeilles.
Une fois sur place, les rituels sont a peu pres similaires a ceux de la veille, le froid en plus. Je me demande comment ils font pour rentrer dans l’eau, moi qui ne sait plus par quel moyen rechauffer mes pieds.
Cette fois, les prieurs aquatiques sont tournes dans l’autre sens, la tete vers le soleil levant, et la lumiere se debrouille pour etre encore plus belle que la veille. A chaque minute elle change et donne une couleur nouvelle aux choses. En plus de ca, les arbres qui bordent l’eau et les champs devoilent leurs formes tortueuses ou imposantes et se font envelopper d’une petite brume blanche en suspens.. Pendant ce temps-la, le soleil prend le temps de se faire desirer avant d’apparaitre a travers les feuillages, la bas, a droite.
On fait un feu ; et de nouveau le melange de copeaux et de sucres sont jetes par pincees dedans. Bharat et ses freres, leurs prieres finies, peuvent venir s’y rechauffer.
Parallelement, l’un des petits cousins se fait raser la tete : c’est la tradition, chez les garcons de 3 ou 5 ans. C’est un rite de purification qui marque le jour a partir duquel il a le droit de se couper les cheveux..
Mais encore, un peu plus loin, des dessins sont formes aux sol avec de la poussiere blanche afin d’accompagner la ceremonie qui se tient pour la naissance du tout nouveau-ne de Svoti, quelques jours avant.
Avant de rentrer tous vers la maison, il est distribue a chacun un petit bout de banane ainsi qu’une ration d’une poudre faite a base de farine et de sucre et qui symbolise la purete.
Enfin, c’est le moment des embrassades generales. Tout le monde se serre dans les bras et partage de sa chaleur humaine..
C’est fort en chocolat, je ne sais plus ou regarder, ou prendre des photos, a quelle ceremonie assister.. !
Enfin, le dernier soir, pour cloturer toutes ces festivites, c’est un IMMENSE diner qui se tient au sein de la maisonnee. Cet evenement est exceptionnel, il est du a la naissance d’un tout nouveau-ne dans la famille ainsi que du processus de purification par le rasage du petit cousin. On y va donc gaiement : le banquet est enorme, portail ouvert, (entre qui veut), et on se pare comme pour un defile mondain. Moi y compris ! Je suis affublee d’un grand sari rouge (de 5 metres) fort soyeux, 11 bracelets a chaque main, boucles d’oreilles en or et compagnie. L’installation de ce repas est digne d’un grand festival avec des stands de bouffe a perte de vue.
Toutefois, ce ne sont que les hommes qui beneficient de cette corne d’abondance de stands et de tapis couleur pelouse. Les femmes, elles, supposees par principe « ne pas etre a l’aise avec ce genre de festivites », sont recluses dans une partie specialement ammenagee pour elles, avec leur table perso et des chaises partout. C’est moins follichon mais on y mange aussi de tout un assortiment de plats venus de l’Inde entiere, et bien evidemment je suis incapable de ne pas me remplir l’estomac plus que de raison.. !
Un detail que j’ai trouve marrant : ils sont tres friands des petites nouilles chinoises aux legumes, y compris dans leurs versions soupe en sachet a cuire en 2 minutes, tout le monde adore !
-
CIEL –photo machette
sam 7 novembre 09
Ô Ciel ! Je crois bien avoir retrouvé mes accents ! à í ê è ý, mais c’est formidable ! il ne me manque que le trema et la cédille pour être aux anges.
Je vais désormais m’en donner à coeur-joie, combinant par la force de mes doigts déployés d’un bout à l’autre du clavier des touches aussi incongrues que ctrl, shift et ~ ou apostrophe..
Dingue !
C’est l’hiver, paraît-il. Il aurait commencé.
C’est vrai, ne le nions pas, je dors désormais avec une couverture. Mais elle est si pépaisse que je passe la moitié de la nuit a me demander s’il vaut mieux que j’aie trop chaud en dessous ou un peu frisquet au-dessus..
Les autochtones, eux, ont décidé qu’il faisait très froid : ils ont sorti manches longues et chaussettes (chaussettes à tongs) et emmitoufflent les enfants de la tête aux pieds comme s’ils partaient rendre visite aux pingouins.
En guise de feuilles mortes automnales ou de neige hivernale, il n’y a guère que les chiens qui continuent de joncher le sol. Ces pauvres bestiauds sont les seuls animaux (peut-être avec les chats) dont personne ne veut ici, ils ont souvent une sale mine et errent un peu partout pour essayer de récupérer quelque mangeaille avant de se faire chasser par des cris ou des chaussures. Le reste du temps, ils se grattent et s’endorment sur le sol.
La température de ce début d’hiver me convient tout-à-fait : il suffit d’un mini gilet (une ptite laine) le matin tôt et après la tombée de la nuit, et le reste de la journée on peut savourer le beau temps avec les mouches et les bras nus sans transpirer plus d’eau que n’en contient le corps ; ce qui change de début Octobre.
Je n’ai pas hâte du mois de mars, où la température remonte et peut atteindre, une fois l’été installé, les 45 degrés...
Pour le moment, n’y pensons pas ! C’est l’heure des récoltes et les tas de paille envahissent les abords des maisons. On voit de plus en plus souvent des gens sans tête : elle a disparu sous une grosse botte de riz qu’il faut apporter du champs au lieu de stockage.
En prévision du froid, on stocke aussi des bûches. Des bûches.. enfin.. des branches qu’on a coupé directement sur l’arbre, à la machette !
[C’est chouette tous ces accents, mais alors, ca me prend un temps ! J’écris aussi vite qu’un raton-laveur..]
-
LES RESTES –photo tongs
J’ai déjà longuement palabré sur les femmes, je les ai décrites des orteils aux cheveux avec toutes leurs couleurs et leurs bijoux.
Il serait temps que je passe au reste, c’est-à-dire les hommes, qui font bien pâlichons à leurs côtés !
Ce n’est pas étonnant, si l’on prend en compte le fait que leurs habits, à eux, sont bien plus pastel. Du beige au gris en passant par le bleu, certains audacieux osent toutefois une chemise violette ou orange de temps en temps. Je n’ai pas percu une très grande diversité des styles : la grande majorité adopte un pantalon en toile avec un pli droit bien marqué et une chemise. Cette dernière a désormais des manches longues (c’est l’hiver !) et recouvre, si l’individu est frileux, quelque t shirt à manches longues. En été, c’est le maillot de corps qui est de mise, [comme au Pérou], même si l’on ne voit que ca à travers la fine chemise beige.
La moustache est egalement presente chez tous les hommes, sauf exception. On les trouve meme sur les dessins des enfants !
Cerise sur le gâteau, et, certainement, héritage Britannique, les pulls en laine sans manches ! Ils fleurissent un peu partout avec l’avancée du ‘froid’.
Spécialité locale : les tongs recouvrant l’orteil ! Presques toutes les chaussures sont des chaussures ouvertes, et la plupart dispose de ce petit piquet de séparation entre le gros orteil et les autres qui forme d’ordinaire des tongs. Mais assez souvent également, ici, un petit bout de cuir vient faire un toit au-dessus de quelques-un des orteils privilégiés ! Pas facile à décrire ; mais pas forcément crucial non plus, rétorquerez-vous.
Soit.
Une autre coutume que j’ai trouvé assez plaisante est celle du drap à rayures autour de la taille. On en voit assez souvent, y compris pour ceux qui travaillent dans les champs, ca donne un petit air « je viens de sortir de la salle de bains ».
Mani, le deuxième frère de la maison, adopte invariablement ce confort vestimentaire immédiatement rentré chez lui. Il parade de pièce en pièce en maillot de corps et calecon ; avec ou sans drap en fonction de son humeur.
Il faudrait faire une description complète de ce personnage assez rempli de royal dédain et de tons désagréables (il ne parle pas, il ordonne) ; mais pour l’heure, je préfère vous laisser simplement avec l’image folklorique du beauf pacha en son domicile.
Gandhi est là, lui aussi. Je l’ai déjà croisé plusieurs fois sur le bord des routes, il a vieilli, a un menton tout fin, il porte toujours ses petites lunettes rondes et souvent un turban blanc enroulé sur le crâne. Son pantalon, à lui, c’est (encore une fois) un drap, (un grand tissu blanc), mais cette fois-ci il est astucieusement noué pour en faire une sorte de grande culotte.
J’aime beaucoup voir ces petits pépés-Gandhi, ridés et immobiles, souvent accroupis, ils me donnent une sensation de calme et de paix..
-
A7 –photo ..
Me levant tous les matins sans réveil entre six heures et demie et sept heures,
enfourchant mon vélo dans la chaleur fraîche du matin parmi les champs légèrement brumeux,
respirant l’air pur de la campagne en pédalant assez vigoureusement pour ne pas perdre l’élan rudement acquis au démarrage de cette bicyclette univitesse,
rentrant à domicile en fin d’après-midi pour voir le soleil rougeoyer de toute sa circonférence derrière les cannes à sucre,
me remplissant l’esprit de spirituelles méditations acquises au cours d’un meeting incompréhensible ou lors de lectures philosophiques,
participant par ma présence à la prière quotidienne,
me purifiant chaque jour par un bain à l’eau froide,
relaxant de temps en temps mes muscles par quelques étirements,
participant aux tâches domestiques en tant qu’assistante-cuisson des chapatti (ou roti et non pas ruti comme je le croyais),
me nourrissant d’une saine (et pas maigre pour un brin) pitance,
me couchant raisonnablement rarement après 21heures, (de toutes facons à cette heure-là il n’y a plus d’électricité) ; ...
...N’est-ce pas une vraie vie d’ascète ?
Pour être honnête, je ne mène pas une vie strictement mesuree et il existe bien d’autres domaines en plus de la nourriture qui ne sont pas sujets à la saine modération de mon nouveau rythme de vie.
Et dans ce cas-là, pour le coup, je m’en mets plein la panse ! C’est tellement bon aussi..
En fait, j’ai un peu l’impression d’effectuer ma tache maoiste de jeune étudiante citadine découvrant la vie de la campagne..
« Ah bon ? C’est donc ca une poule ? Ahh, et le lait ne pousse pas sur des arbres à bouteilles ? Ca alors.. ! »
Sans rire, quand on me pose des questions sur l’agriculture francaise, je ne suis même pas capable de dire si on produit du riz ou pas..
J’étais plutôt d’avis que non, c’est trop embêtant et on préfère l’importer des pays où les gens aiment bien avoir les pieds dans l’eau, et puis là mon esprit me rappelle qu’en maternelle on est allé faire une classe verte en Camargue au cours de laquelle on a appris que c’est une région de rizières..
Bref, je ne suis pas trop au point.
-
LANGAGE ET INTERPELLATIONS, VARIATION A DEUX OREILLES
Diantre, que les oreilles indiennes diffèrent des miennes !
D’abord, il y en a des poilues. Dépassant horizontalement de la partie extérieure de l’organe auditif, les poils confèrent à leur possesseur une certaine allure de Savant Fou.
Et puis il y a cette notion de l’harmonie que j’ai du mal à partager.. La prière du matin par exemple, consiste en un long chant d’un quart d’heure, entonné en choeur par tous les présents.
D’une manière générale, pour chanter, l’Indien prend une voix un peu nasale. (Dans le cas des petites filles, c’est franchement nasillard. rien à faire, c’est culturel.)
Lors de la prière, c’est donc une compétition de voix nasales qui se superposent, suivant des tons et des mélodies aussi divers qu’il y a de chanteurs. N’oublions pas que les chansons indiennes sont riches en trémolos qui font changer d’un demi-ton, ou qui font simplement trémoler la mélodie.
Vous imaginez que parfois, le résultat est quelque peu incongru pour l’oreille inexpérimentée..
Ce qui n’empêche pas une certaine harmonie (une harmonie certaine !) de se dégager. Lorsqu’une voix un peu plus forte et juste que les autres mène la danse, ca peut même être très beau.
Toujours est-il qu’après une bonne douzaine d’écoutes de ce chant, même si je commence à le connaître à peu près, il y a toujours des passages dont je n’ai pas réussi à entendre ni comprendre la note attendue.
Par ailleurs, les gens que je côtoie depuis maintenant plus d’un mois (au jour de la redaction) ont une extraordinaire capacité à superposer des sons par dessus les autres. Dans des pièces parfois résonnantes, mais en extérieur aussi, il n’est pas rare de rencontrer moultes conversations parallèles entre les personnes présentes, chacune renchérissant sur celle des voisins, et cherchant à outrepasser le bruit du tracteur du champs d’à côté et / ou les quelques enfants qui crient ou pleurent au milieu.
Je ne sais pas comment qui que ce soit parvient á entendre quoi que ce soit.
Le niveau sonore est encore splendidement augmenté lorsque le portable de l’un se met à sonner. Là, ca part en eau de boudin. Je crois que je n’ai encore jamais vu personne parler normalement (j’entends par là avec une voix posée) dans un téléphone. Tous se sentent obligés de crier, même en l’absence de bruit autour ou en présence d’un orateur ou musicien que tout le monde écoute..
Sigh.
-
Puis, pendant qu’on est dans les cris, occupons-nous des interpellations.
Dans la maison, ou partout ailleurs, pour appeler quelqu’un, on ne se contente pas de crier son nom. ah non !
Dans la majorité des cas, la personne est désignée par son état, sa position : c’est donc des «didi (gde soeur), bhaiya (frere, valable pour a peu pres tout le monde), baba (gd pere), dadi (gd-mere), bua (tante), bhabi (belle-soeur) ; ou ‘eh larki’ (eh petite fille).. » qui fusent.
Il faut savoir que l’hindi est particulierement riche en termes pour désigner les membres de la famille. Il distingue la tante paternelle et maternelle, la belle-fille du premier et du deuxieme fils, l’oncle selon qu’il est le cadet ou l’ainé de la fratrie.. Chacun a droit a son mot ! et je suis loin de tous les connaître..
Quand quelqu’un a le ‘privilège’ de se faire heller par son prénom, c’est toujours précédé d’un grand « eeh » . Un exemple : Eeeeh Ranjanaa ! Dudh lao ! (=Chère Ranjana, aurais-tu l’amabilité d’apporter du lait s’il te plait ?)
Et puis, toujours pour faciliter mon apprentissage, l’hindi n’a rien trouvé de mieux que de possèder 3 ou 4 types de t et de d différents.. dont je ne percois pas la difference ! Embêtant, un peu oui..
Alors que je m’apprêtais à me plaindre d’une certaine monotonie, d’un début de banalité du quotidien, lors de ma dernière connexion, voilà que le gouli goula en décide autrement et me replonge dans des découvertes et des projets nouveaux.
Il faut dire que j’ai un peu décidé de reprendre les choses en main, aussi. Par exemple, au lieu de suivre mon itinéraire classique PANI-maison et inversement, je me suis lancée à l’aventure en faisant des petits détours dans les champs avoisinnants. Certes, j’aurais dû le faire depuis longtemps. Eh bien,.. oui, c’est vrai, que rétorquer à une telle évidence ?
La nouveauté du concept ...a pieds.
2 commentaires
Suivre le flux RSS des articles
Suivre le flux RSS des commentaires
-
